
Estelle Denis, Margot Dumont, Marina Lorenzo, Carine Galli, Anne-Laure Bonnet… les journalistes sportives virent en tête sur les chaînes de télévision. Souvent remise en cause, la légitimité des femmes dans le journalisme sportif n’est toujours pas parfaitement acquise. Les chiffres tendent à montrer une évolution positive.
Le rôle du journaliste est de raconter ce qu’il voit, ce qu’il ressent, ce qu’il comprend. Comment raconter une chose qu’on ne connaît pas ou qu’on ne voit pas ? Il y a encore un siècle, les femmes pratiquant un sport étaient mal vues, voire vilipendées, et certains lieux de pratique leur étaient interdits. Difficile de développer une profession en rapport avec le sport quand il est exclu de votre cadre de vie. Les femmes ont un train de retard, qui leur a été imposé, et qu’elles s’efforcent de rattraper depuis. Et aussi parce que le sport et le journalisme appartiennent à la société, et que la féminisation de la société elle-même pourrait être considérée encore aujourd’hui comme « lente et relative ». Aucune raison que le journalisme et le sport a fortiori fassent figure d’exception comme l’explique Marina Lorenzo, journaliste à Canal Plus « Il y a encore quelques années les rédactions sportives étaient quasiment exclusivement masculines et les responsables peu enclins à recruter des femmes. Celles-ci se font une place petit à petit, mais il va falloir encore du temps pour que l’on arrive à un certain équilibre. Il faut que les journalistes femmes n’aient plus de complexes à frapper aux portes des rédactions sportives car les responsables ont globalement compris qu’aujourd’hui c’était un atout. Cela va dans le sens de notre société ».

La légitimité des femmes dans les médias sportifs est donc loin d’être évidente, comme le reconnait Lucie Bacon, rédactrice en chef chez football stories et journaliste chez Konbini « En tant que rédactrice en chef, je ne reçois pratiquement que des CV d’hommes, donc c’est difficile d’embaucher des femmes si aucune ou presque ne postule. En revanche, il y a peu de femmes aux postes de direction, et c’est pour cela je pense qu’il y a moins de femmes que d’hommes à des postes clés. Mais je pense que cela devrait changer petit à petit ».
L’un des principaux problèmes pour les journalistes sportives est les préjugés. Souvent jugées sur leur physique, les journalistes sportives doivent sans cesse faire leurs preuves pour gagner en crédibilité face à la multitude de journalistes hommes qui arpentent les stades et les zones mixtes chaque week-end : « À la moindre erreur, vous allez être réduits à votre statut de femme et non de journaliste qui s’est trompé. Un journaliste homme qui se trompe fait une erreur, une journaliste femme qui se trompe est une potiche, une dinde qui n’y connaît rien car c’est une fille. Cela est tellement réducteur, faux et facile ! » souligne Carine Galli, journaliste à l’Equipe 21.
Une évolution positive ?
Selon une étude effectuée en février par la Fédération française des industries du sport et des loisirs, 58 % des femmes de plus de 15 ans se déclarent intéressées par le sport. Conséquence de la victoire de la France lors de la coupe du monde 1998… Parallèlement à cet engouement, la création des chaînes d’information en continu et la multiplication des chaînes de sport ont permis l’éclosion de nouveaux visages. Comme le témoigne la présence régulière de journalistes sportives expertes dans des émissions de débats, les femmes ont acquis une vraie légitimité aux yeux du public et des spécialistes masculins. En effet, la nouvelle génération de journalistes semble faire bouger les lignes. Margot Dumont, journaliste à Bein Sport, remarque une réelle évolution des mentalités « Il reste du travail, et nous le ressentons tous les jours, mais oui les choses ont changé et changeront encore je l’espère. Je suis optimiste tant que cette nouvelle génération fait ce métier pour les bonnes raisons (passion du sport) et non pour se mettre en avant. Marianne Mako dont nous avons déploré le décès il y a quelques semaines a souffert une grande partie de sa carrière d’un manque de reconnaissance. Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus respectées et notre travail ou nos opinions de moins en moins dénigrés ou considérés comme médiocres car nous sommes des femmes. Plus personne ne remet en cause les compétences d’une Nathalie Iannetta ou d’une Isabelle Ithurburu et elles ont ouvert la voie à toutes celles qui ont suivi derrière : Carine Galli, Clémentine Sarlat, Sonia Carneiro… Certaines comme Caroline Henry ont démontré qu’une journaliste sportive reste journaliste avant tout : elle a aujourd’hui été nommée à la rédaction en chef du 13H de TF1 ».
Pour Marine Marck, journaliste à Téléfoot, un changement dans le partage des rôles des journalistes : autrefois cantonnées à un rôle secondaire, les femmes s’affirment de plus en plus à l’antenne : « Il y a de moins en moins « la fille en plateau », placée là pour faire le nombre. Je crois sincèrement que les femmes qui évoluent dans ce métier aujourd’hui ont prouvé à maintes reprises qu’elles maîtrisaient leur sujet aussi bien, si ce n’est mieux parfois que leurs homologues masculins ». L’évolution de l’image du sport, devenue moins ringarde, contribue également au phénomène de féminisation. Le journalisme sportif n’est plus, désormais, la chasse gardée des hommes. Certains aménagements ont aidé. Ainsi, pendant longtemps, les interviews d’après-match avaient directement lieu dans des vestiaires… interdits aux femmes. L’instauration des zones d’interview, appelées zones mixtes, a changé la donne.